SNUipp-FSU 71 - Saône et Loire
https://71.snuipp.fr/spip.php?article2128
COVID : la Foire Aux QUESTIONS du SNUipp-FSU
dimanche, 3 octobre 2021
/ SNUipp71

La FAQ du SNUipp-FSU, actualisée très régulièrement :

https://www.snuipp.fr/actualites/posts/covid-19-la-foire-aux-questions

MASQUE POUR LES ENFANTS : éléments de débat https://71.snuipp.fr/spip.php ?article2268

Suite au conseil de défense de mardi 21 septembre, dans les départements dans lesquels le taux d’incidence se stabilisera au 4 octobre en-dessous de 50 pour 100 000 habitants (ce qui est aujourd’hui le cas de la Saône-et-Loire) les élèves pourront enlever le masque à l’école, même dans la classe. Un soulagement pour les familles et pour nombreux professionnels du soin.

Pour le SNUipp-FSU 71, cette mesure est bienvenue pour les élèves, et alègera le poids de la classe pour les collègues. Pour autant, les élèves devront-il remettre les masques si la maladie regagne en intensité, notamment à l’approche de l’hiver ? Pour nous, d’autres voies sont possibles, tout particulièrement lorsqu’il deviendra compliquer d’aérer en hiver : équiper les classe de détecteurs de CO2 et de purificateurs d’air, demandés depuis des mois, installation déjà pratiquée aux Etats-Unis, dans plusieurs pays d’Europe, et dans 500 écoles de Paris.

Retrouvez l’intervention du SNUipp71 sur RMC

LA CARTE DES DEPARTEMENTS DANS LESQUELS LE MASQUE TOMBE....
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Article du 8 avril 2021

1) Consigne syndicale, FAQ et courrier au ministre

Le ministère de l’Education Nationale a fait paraître une circulaire détaillant les consignes relatives à la mise en œuvre de la « continuité pédagogique » pour la période de fermeture des écoles du 6 au 10 avril inclus. En opposition à l’objectif officiel de « garantir la poursuite des apprentissages » qui ne peut qu’aboutir à un renforcement des inégalités scolaires, et alors que rien n’a été entrepris par l’Education Nationale pour réduire la « fracture numérique », le SNUipp-FSU relaye auprès la profession la consigne syndicale portée à la connaissance du ministre dans un courrier adressé le 2 avril par le secrétariat général du SNUipp-FSU : "Durant cette période en distanciel, le SNUipp-FSU invite donc les enseignant-es du primaire à maintenir le lien avec leurs élèves, et à n’envisager que des révisions ou du travail d’entraînement à des notions déjà travaillées en classe." Les questions/réponses concernant les obligations relatives à la « continuité pédagogique » dans la « FAQ Covid-19 Infos » du SNUipp-FSU ont fait l’objet d’une actualisation récente : https://covid-19.snuipp.fr/

2) Analyse de la circulaire du MEN : souplesse d’organisation mais des directives qui creuseraient les inégalités

La circulaire d’avril 2021, qui s’inscrit dans le cadre du plan de continuité pédagogique publié en catimini à l’été 2020, reprend dans les grandes lignes les instructions de mars/avril 2020. Les modalités d’organisation de l’enseignement à distance ne sont pas imposées ; le recours aux classes virtuelles n’est pas requis pour le premier degré, pas même l’utilisation d’outils numériques pour la maternelle. Les directions d’école ont la responsabilité de la communication aux familles du dispositif de continuité choisi, mais également celle de s’assurer de la mise en œuvre des moyens de communication.

Reprenant à son compte les initiatives déployées par la profession en mars et les orientations défendues par le SNUipp-FSU, la circulaire estime que « le maintien du lien avec les familles et les élèves est essentiel, même si la période considérée n’est que de quelques jours ». La prescription est donc explicite : « Chaque élève doit rester en contact avec l’institution scolaire pendant la semaine du 6 au 10 avril ».

Les prescriptions relatives à la continuité des apprentissages sont précises et restreintes aux « fondamentaux » (lecture, écriture, opérations, résolution de problèmes ». Les ressources officielles (Canopé, Lumni, eduscol) sont rappelées, mais sans leur conférer un caractère obligatoire.

Nouveauté de la période rendue possible avec l’accès aux sorties dans un rayon de 10 km sans limite de temps, la pratique de 30 minutes quotidiennes d’activités physiques est encouragée. Le déploiement des Stages de remise à niveau (SRAN) est proposé en distanciel sous la forme de « classes virtuelles », sur les deux semaines des vacances de printemps. Afin d’éviter « le désœuvrement » pendant les deux semaines de vacances, il est recommandé aux PE de proposer à leurs élèves « un programme d’activités physiques, jeux et parcours de découverte culturelle à distance ».

Des instructions sont données aux psychologues de l’Education nationale pour assurer des missions de suivi des élèves. Aucune consigne ne concerne les autres personnels des RASED.

Commentaires du SNUipp-FSU

Le maintien « quoi qu’il en coûte » des orientations ministérielles sur le recentrage exclusif autour des « fondamentaux » ne manquera pas de renforcer les inégalités scolaires en évacuant des apprentissages indispensables à l’accès à une culture commune. La convocation des familles comme « auxiliaires de l’école » reproduit également l’invisibilité de l’inégale maitrise sociale et culturelle des codes de l’école. De ce point de vue, la recommandation de privilégier la résolution de problèmes en mathématiques, situation pédagogique complexe, ne peut que confronter des parents à un sentiment d’incompétence et des familles à des situations potentiellement conflictuelles. Le SNUipp-FSU invite plutôt à ne proposer que des situations de révision, d’entrainement de notions déjà traitées en classe Considérant l’urgence dans laquelle se met à nouveau en œuvre la continuité, sans renforcement du niveau d’équipement des familles, des écoles, des PE, ni formation de la communauté éducative au numérique, l’obligation de maintien d’une communication directe n’apparaît guère possible de manière généralisée. Les initiatives d’équipes ou de collègues s’appuyant sur la distribution de documents écrits à la sortie des classes sont également pertinentes et doivent pouvoir être considérées comme conformes à la consigne générale du maintien du lien. Les éventuelles injonctions d’IEN au maintien d’un contact quotidien vont au-delà des prescriptions de la circulaire et sont donc abusives.

Dans des conditions « ordinaires » en présentiel, les SRAN procèdent déjà d’une externalisation de la prise en charge de la difficulté scolaire qui participent d’une indifférence aux différences dans le temps de classe, et une surestimation des différences dans le temps du stage. Ces dispositifs n’ont jamais fait leur preuve de leur utilité en termes d’acquisitions transférables et durables. Dans les conditions de l’enseignement à distance, on voit mal comment ces stages, maintenus en dépit de l’absence de bilan positif, pourraient produire des effets bénéfiques alors que les élèves ont également besoin de repos et de loisirs.

La proposition faite aux PE de suggérer des activités sportives et culturelles pendant les vacances pose question. Si on peut se satisfaire que la circulaire reconnaissance le temps des vacances comme celui des loisirs et non des devoirs, la recommandation place les PE en position de prescrire de « bonnes pratiques » éducatives aux familles. Cet empiètement sur les prérogatives éducatives des parents d’élèves soulève des problèmes d’éthique professionnelle. Il sous-entend une hiérarchie sociale des pratiques éducatives familiales et peut mettre en défaut les familles populaires par manque de ressources économiques (acquérir un vélo ou des jeux n’est pas possible en situation de précarité) ou du fait de pratiques culturelles usuelles non valorisées par l’école.

Enfin, si la communication aux familles relève des missions ordinaires de la direction d’école, directeurs et directrices ne peuvent être comptables des moyens de communication à mettre en œuvre. C’est là la responsabilité de l’institution. Une responsabilité qui, tant du point de vue de l’équipement numérique que de la formation, n’a pas été assumée depuis la rentrée de septembre 2020.


Communiqué de presse du SNUipp-FSU

Après le déni et l’inaction responsables d’une épidémie hors de contrôle conduisant à la fermeture des écoles, voici venu le temps de la totale impréparation de l’institution Education nationale.

Le « nous sommes prêts » ministériel maintes fois asséné depuis un an ne résiste pas à la frénésie constatée sur le terrain depuis les annonces présidentielles. Le scénario pourtant prévisible dégénère en ordres et contre-ordres locaux, en injonctions aux équipes sans aucun cadre ministériel. “L’école de la confiance" montre à nouveau son véritable visage.

Le ministère ne tire aucun bilan de l’expérience du premier confinement de mars 2020. Or aucune avancée depuis le printemps dernier. Ni analyse des difficultés rencontrées, ni investissement en équipement que ce soit pour les familles, pour lesquelles le ministère met à disposition 6 500 ordinateurs pour 12 millions d’élèves, ou pour les enseignants et enseignantes, pour qui une prime annuelle insuffisante de 150€ a été accordée. Les personnels enseignants, les élèves et leurs familles sont à nouveau livrés à eux-mêmes. Une forme de jour sans fin, celui d’un an auparavant.

Enfin, aucune coupure « magique » ne permettra une reprise des écoles en toute sécurité au vu de l’intensité de la circulation actuelle du virus. Ce temps de trois semaines hors classe, dont deux de vacances, doit au contraire être pleinement mis à profit par le ministère pour rendre possible cette nécessaire réouverture des écoles dans des conditions telles qu’elles puissent jouer pleinement leur rôle, pédagogique comme social.

Accès à la vaccination des personnels, allégement des classes, cas contacts redéfinis, règle de fermeture de classe fixée partout à un cas avéré, tests salivaires massifs ciblés et réalisés partout de façon hebdomadaire, locaux équipés de capteurs CO2, masques chirurgicaux fournis aux élèves et aux personnels… Seul un engagement dans la concrétisation de toutes ces mesures, que le SNUipp-FSU porte depuis de nombreuses semaines et continuera de porter, permettra la poursuite de l’école sous pandémie.

Paris, le 2 avril 202


Article du 26 mars Des articles sur le COVID dans les écoles.

LA QUESTION DU MOMENT, AU REGARD DE L’INCIDENCE DU VIRUS : FAUT-IL FERMER LES ECOLES OU LES GARDER OUVERTES ?

Ci-dessous des avis divers ; celui de l’épidémiologiste Dominique Costagliola (favorable à la fermeture) et de Pierre Merle (favorable au maintien de l’ouverture).

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Est-il vrai que 94% des enseignants absents sont remplacés, comme l’affirme Jean-Michel Blanquer ?

Le ministre de l’Education nationale affirme que 94% des enseignants absents, en cette période de pandémie, sont remplacés. En réalité, ce calcul ne prend pas en compte toutes les absences liées au Covid.

par Anaïs Condomines publié le 25 mars 2021 à 17h41

Jean-Michel Blanquer en est convaincu. « Il y a un risque de catastrophe éducative mondiale à cause de l’épidémie » et la France est justement « en train de l’éviter ». Invité le 19 mars sur RMC, le ministre de l’Education nationale a réaffirmé sa volonté d’une continuité pédagogique en ces temps de pandémie, malgré les nombreuses absences d’enseignants et affirmé que 94 % des professeurs absents, en ce moment, étaient remplacés. « Il y a évidemment parfois des difficultés de remplacement mais qui sont, je dirais, un moindre mal. [...] On peut toujours me citer un dysfonctionnement ci et là, ça peut toujours exister. Mais globalement, l’école de la République fonctionne en ce moment », a-t-il expliqué dans Bourdin Direct.

94 % de remplacements assurés  ? Sur le terrain, on aimerait bien que ce chiffre soit une réalité. Mais enseignants de premier et second degrés ne partagent guère ce constat optimiste. « Je ne comprends pas du tout d’où le ministre tire ce chiffre », indique à CheckNews Alain Talleu, cosecrétaire du syndicat Snuipp-FSU (syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles) dans le Nord. « Ce taux de 94 % d’absences remplacées ne représente pas la réalité, en tout cas pas dans le Nord, dans le premier degré » remarque-t-il. D’après les chiffres qu’il a pu récupérer auprès des inspecteurs d’académie, ce sont 450 remplacements non effectués qui ont été comptabilisés dernièrement. « Dans le Nord, entre 1 200 et 1 500 collègues sont dédiés au remplacement. S’ils travaillent tous et qu’il reste 450 absences non remplacées, notre taux de remplacement tournerait plutôt autour de 75 % que de 94 %. »

Conséquence  : dans les écoles élémentaires, « des dédoublements de classes qui ne peuvent pas se faire en CP, des parents à qui l’on demande exceptionnellement de garder leurs enfants chez eux, des directeurs qui prennent le relais de professeurs dans les classes, des Atsem (agent territorial spécialisé des écoles maternelles, ndlr), étudiants ou auxiliaires de vie scolaire qui doivent prendre en charge des groupes ». « Ces groupes sont rassemblés entre eux, ils sont très chargés et la consigne de non-brassage n’est clairement pas respectée. » En octobre, le ministère avait en effet donné la consigne de « limiter au maximum le brassage » entre élèves. Quitte à ce que des aménagements d’emplois du temps soient opérés, dans le but de limiter les contaminations. Mais d’après Alain Talleu, cette requête relève du vœu pieux.

Brassage et bénévolat

Même son de cloche dans le Rhône, où les indicateurs sont à la hausse. « Quand un enseignant est absent, on ne va pas renvoyer un enfant de 4 ans ou de 9 ans chez lui, contrairement au lycée où les élèves peuvent se rendre en permanence. Donc on est obligés de faire basculer les élèves dans d’autres classes. Cela occasionne un brassage et c’est le cas dans une école sur quatre, actuellement, dans le département. C’est terrible, parce qu’entre collègues on se dit qu’on aide le virus à se propager. On en est convaincus. »

« Les conditions d’apprentissage sont fortement dégradées », confirme une enseignante, elle aussi représentante syndicale, en Seine-Saint-Denis. « Chez nous, les postes non remplacés sont tristement inhabituels, mais dans ce contexte, c’est devenu ingérable. » Dans ce département, la presse locale relayait le 24 mars le cas d’une maternelle à Saint-Denis devant rester ouverte... malgré l’absence de tous les professeurs. La direction des services départementaux de l’éducation nationale a fini, dans le cas de cet établissement, par trouver deux remplaçants de dernière minute.

Et ces situations n’ont pas lieu uniquement dans les zones très touchées par l’épidémie. Une directrice d’école élémentaire dans le Tarn, par exemple, explique à CheckNews avoir dû mettre en place avec ses collègues un système de bénévolat pour pallier le manque d’enseignants. « On s’est relayés pendant une semaine, avant les vacances de février, parce qu’il n’y avait aucun remplaçant », nous dit-elle. Le reste du temps, ses élèves sont regroupés dans des classes bondées. « Je récupère un groupe de quarante élèves dans une classe prévue pour trente. Résultat  : il y en a dix qui sont assis par terre. »

Des absences sous le radar

Contacté, le ministère de l’Education nationale revient sur le calcul qui a amené à l’annonce de ce taux en plateau. Il s’agit en réalité d’une moyenne approximative réalisée « par le ministre », nous dit-on, des taux de remplacement d’enseignants dans le premier degré (enseignement pré-élémentaire et élémentaire) et dans le second degré (collèges et lycées). Sauf que, d’après nos informations, ces deux taux portent sur des réalités différentes. En effet, le ministère indique que « dans le premier degré, les enseignants absents sont remplacés à 83 % ». Ce taux englobe les « absences toutes causes confondues ». Et dans le second degré, nous précise-t-on, « les absences sont remplacées à 96 % ». Or, ne sont prises en considération dans ce calcul que les « absences supérieures à quinze jours ».

C’est une nuance importante (non précisée sur le plateau de RMC), car toutes les absences pour cause de Covid-19 n’atteignent pas forcément les quinze jours. L’isolement des personnes testées positives est d’ailleurs fixé à dix jours. De la même manière, l’isolement des cas contacts - qui est une cause importante d’absence d’enseignants à l’heure actuelle - s’élève à sept jours (en cas de test négatif à l’issue de cette période). De ce fait, une grande partie des absences d’enseignants liées à la crise sanitaire actuelle passe sous les radars de ce calcul. Et donc du chiffre annoncé par le ministre. « Du bricolage du début à la fin »

Le ministère insiste toutefois sur le fait qu’un effort a été fait pour renforcer les effectifs en cas d’absence. Cet hiver, des recrutements ont été mis en place par l’éducation nationale. Ainsi dans le premier degré, en plus du contingent d’enseignants remplaçants, 6 000 professeurs contractuels ont été embauchés pour faire face aux absences d’enseignants malades. Dans le second degré, pour les collèges et lycées, il n’y a pas eu de renforts de remplaçants à proprement parler, mais ce sont 8 000 assistants d’éducation (AED) qui ont été provisoirement employés jusqu’en février. « On s’est rendu compte que malgré les tensions, ces effectifs n’ont pas tous été utilisés, nous précise encore le ministère de l’Education nationale. Donc, nous avons reconduit l’opération, mais uniquement à hauteur de 2 200 contractuels dans le premier degré et 2 700 AED dans le second degré. Des moyens sont donc mis en place même si on sait que localement, il peut y avoir des situations difficiles. »

Or, dans le second degré, le recours aux AED est loin d’être satisfaisant. Secrétaire générale adjointe du Snes-FSU, Sophie Vénétitay explique  : « En temps normal dans les collèges et les lycées, il y a déjà des problèmes de remplacement. Le ministère a autorisé le recrutement de surveillants, mais ce qu’il faut, ce sont des enseignants. Ce n’est pas le même métier et les surveillants ne permettent pas vraiment de remplacer les absences. Donc, lorsqu’un professeur est malade, c’est très compliqué de le remplacer. Lorsqu’il est cas contact, en télétravail, on se retrouve avec des situations où le professeur, en visio, donne un cours à distance à une classe encadrée, sur place, par un surveillant. Bref, c’est du bricolage du début à la fin. »

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Infections dans les établissements scolaires : un virus qui se tient sage ?

Jean-Michel Blanquer se veut rassurant, mais les données sanitaires semblent lui donner tort.

LUC PEILLON ET EMMA DONADA

Un virus discipliné en cours ? A écouter le ministre de l’Education nationale, le milieu scolaire n’est en aucun cas un vecteur du Covid-19. « Les enfants qui sont contaminés, la plupart du temps, quand on remonte la chaîne de contamination, ce n’est pas du tout à l’école qu’ils se sont contaminés, [mais] en famille. C’est plutôt qu’ils peuvent éventuellement contaminer à l’école quand ils arrivent de leur famille », affirmait ainsi Blanquer, le 19 mars, sur le plateau de BFM TV. Le ministre a d’ailleurs dans sa besace un chiffre rassurant, qu’il égrène dans tous les médias : 0,5 %. De quoi ? Il ne sait pas trop lui-même. Tantôt présenté comme le taux d’incidence (nombre de cas pour 100 000 élèves sur une semaine), tantôt comme le taux de positivité (part des tests positifs sur l’ensemble de ceux réalisés à l’école), ce chiffre, on va le voir, n’a en réalité pas grand sens. Et semble peu compatible avec les données remontées parallèlement par Santé publique France (SPF) sur le nombre de cas par tranche d’âge, même si tous les jeunes de 0 à 19 ans ne sont pas scolarisés. Vitesse inquiétante. Ainsi, selon SPF, le taux d’incidence de la population en France, tous âges confondus, atteignait 310 pour la semaine du 14 au 20 mars, dernier chiffre connu. Chez les plus petits, les 0-9 ans, il est encore inférieur (165) à cette moyenne. Sauf qu’il progresse à une vitesse inquiétante : tandis que dans l’ensemble de la population, l’incidence a doublé depuis le début de l’année, elle a été multipliée par quatre chez les 0-9 ans. Parmi les 10-19 ans, c’est encore pire : avec 385 nouveaux cas pour 100 000 jeunes dans cette tranche d’âge pour la semaine du 14 au 20 mars, l’incidence est cette fois-ci nettement supérieure à celle de l’ensemble de la population. Elle dépasse surtout, depuis quelques jours l’incidence des 40-49 ans (375), que l’on peut considérer comme leurs parents.

La situation est plus préoccupante encore en Ile-de-France, région la plus touchée du pays. L’incidence des 0-9 ans y atteint 275, et celle des 10-19 ans culmine à 673, là aussi supérieure à l’ensemble de la population francilienne (552), mais aussi des 40-49 ans (661). En Seine-Saint-Denis, enfin, département le plus contaminé de France, l’incidence des 0-9 ans s’élève à 300 et celle des 10-19 ans, à 776. Des chiffres multipliés respectivement par 10 et 5 depuis le début de l’année, contre 4,3 pour la population, tous âges confondus, dans le 93.

Pas sûr, par ailleurs, que le sens de la contamination se fasse de parents à élèves, comme l’affirme le ministre : selon l’étude ComCor de l’institut Pasteur, avoir, au sein du foyer, un enfant scolarisé, représente un surrisque non négligeable d’infection pour les adultes : + 27 % avec les collégiens et + 29 % avec les lycéens. Pas plus de risque, en revanche, et pour l’instant, avec des enfants en primaire. L’institut Pasteur prévient toutefois : « On note depuis janvier une augmentation des infections intra-domiciliaires vers les adultes dues à des enfants de moins de 11 ans. »

Plusieurs biais. Blanquer, de son côté, répète donc à l’envi le chiffre, a priori faible, de 0,5 % d’infections dans les écoles. Il s’agit en réalité du taux de positivité des tests effectués dans le cadre des campagnes de diagnostic dans des établissements scolaires. Sur combien de tests précisément ? Difficile de savoir. Une centaine de milliers la semaine du 8 au 14 mars, selon le ministère, et environ 250 000 la semaine suivante.

Mais le ministre en convient lui-même : « Il faut être très prudent quand on parle de ces chiffres puisqu’il s’agit du nombre de gens positifs quand on est testé, [...] il faut voir qui est testé. » Il serait en effet trompeur de comparer ce taux de positivité à celui de la population générale (7,7 % du 8 au 14 mars) pour en déduire que les élèves sont beaucoup moins positifs que le reste de la population... Car plusieurs biais (avec des effets opposés) sont à prendre en compte, qui rendent délicate la comparaison.

Premier point : ces campagnes sont proposées à l’ensemble des élèves présents dans un établissement, quand les tests en population générale sont plutôt réalisés par des personnes qui, le plus souvent, ont des raisons objectives de se faire tester (symptômes, cas contacts). Et donc plus de risques d’être positives. Ces campagnes, par ailleurs, ne concernent pas les personnes déjà isolées, comme les cas positifs et les cas contacts, normalement absentes de l’école. En ce sens, la population testée en milieu scolaire est donc moins susceptible d’être positive que celle qui va se faire dépister en laboratoire ou en pharmacie. A l’inverse, le ministère précise à Libération que ces tests sont déployés là « où il y a une forte circulation de virus ». Ou « en complément du contact-tracing dès l’apparition de trois cas confirmés dans une école ou un établissement scolaire sur une période de sept jours », peut-on lire sur le site du ministère.

Malgré tous ces biais, ces résultats restent encourageants pour Blanquer : « Quand vous faites des tests aléatoires en population générale, [...] vous êtes très souvent entre 1 % et 2 %. Donc être entre 0,35 % et 0,5 % pour la population scolaire, cela montre bien qu’il y a un peu moins de contamination qu’en population générale. » Une campagne menée à Saint-Etienne au début de l’année a effectivement débouché sur un taux de positivité d’environ 2 %. Sauf que l’échantillon, autour de 14 000 personnes, était bien moindre. En Ile-de-France, surtout, ce taux à l’école est de 1,36 % (sur 36 000 tests salivaires depuis le 1er mars), selon l’agence régionale de santé, confirmant ainsi une information d’Europe 1. Soit près de trois à quatre fois le chiffre avancé par Blanquer.

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« On a nié les contaminations en milieu scolaire »

L’épidémiologiste Dominique Costagliola souligne les taux d’incidence alarmants chez les enfants et les adolescents et plaide pour une fermeture des écoles. Directrice de recherches à l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie, Dominique Costagliola estime que le protocole sanitaire dans les écoles est devenu insuffisant pour maîtriser l’épidémie.

Vous défendez une fermeture des écoles primaires, pourquoi  ?

Si je prends la situation en Ile-de-France, le taux d’incidence chez les enfants de 0 à 9 ans est passé de 129 à 275 en deux semaines. La dynamique est donc très mauvaise et le seuil d’alerte de 250 a été dépassé. Cette vague est due à un nouveau variant plus contaminant que le précédent, donc pour le contrôler, il faut des mesures plus fortes. Je ne vois pas comment l’épidémie s’arrêterait brutalement dans les conditions actuelles.

Il y a eu une période assez cool chez les plus jeunes, pendant les vacances scolaires, mais quand le virus circule activement dans la population, il circule aussi dans les écoles. Par ailleurs, j’ai vu que le gouvernement avait renforcé le protocole pour les cantines en milieu professionnel, mais pas en milieu scolaire. En quoi les cantines scolaires seraient moins risquées que les cantines professionnelles  ?

Le protocole mis en place dans les écoles ne suffit-il pas à maintenir l’épidémie  ?

Quand on regarde les chiffres, manifestement non. Une des mesures à prendre dans les écoles, c’est de ne pas brasser les classes. Mais comme les enseignants malades ne sont pas remplacés, on est bien obligé de mélanger les classes. Il y a quand même une grande différence entre le protocole et la réalité de son application.

L’épidémiologiste du Conseil scientifique Arnaud Fontanet plaide pour une action ferme sur les collèges et les lycées, mais considère que la fermeture des écoles doit avoir lieu en dernier recours. Qu’en pensez-vous  ?

Là encore, regardons les chiffres. Toujours en Ile-de-France, l’incidence chez les 10-19 ans est passée de 377 à 673. S’il faut prioriser, je comprends qu’il soit plus urgent d’agir à ces niveaux-là. Mais l’agence régionale de santé est en train de déprogrammer 80 % des opérations chirurgicales prévues. C’est le dernier palier. On ne va pas tenir longtemps ainsi, il faut donc freiner par tous les moyens possibles et donc fermer les écoles.

Fermer les écoles a des conséquences terribles pour les enfants...

Je suis absolument d’accord pour dire qu’il est important de maintenir les écoles ouvertes. Mais il faut alors s’en donner les moyens. Il y a des mesures contre l’aérosolisation, par exemple, qui n’ont pas été prises parce qu’on a nié les contaminations en milieu scolaire. On aurait pu installer des capteurs à CO2 et de la ventilation, mais cela coûte de l’argent. De même, il aurait fallu être capable de tester largement dès qu’un cas était découvert pour intervenir sur les foyers de contamination. On ne l’a pas fait. Maintenant, on est dans le mur.

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« Une fermeture des écoles accroît un peu plus les inégalités selon l’origine sociale »

Article réservé aux abonnés La pandémie de Covid-19 en Francedossier par Miren Garaicoechea publié le 25 mars 2021 à 9h15

Professeur émérite de sociologie à l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspé) et spécialiste des questions scolaires, Pierre Merle appelle à garder les écoles ouvertes, pour des raisons scolaires, éducatives et psychosociales.

Pourquoi êtes-vous défavorable à la fermeture des écoles  ?

Du point de vue de l’intérêt des enfants, il faut laisser les écoles ouvertes, mais pas n’importe comment. Il s’agit d’un lieu d’apprentissage de la citoyenneté, de la vie en société. Donc l’école devrait avoir une politique sanitaire exemplaire, apprendre à être attentif aux gestes barrières, isoler les cas suspects, aménager les classes et les passages à la cantine... Et aussi, tester. Pour l’instant, cette politique n’est pas suffisamment mise en œuvre.

Quelles conséquences un retour à la maison aurait-il pour les enfants  ?

Lors des évaluations annuelles des classes de CP et de CE1 réalisées l’automne dernier, on a observé des résultats moyens, en baisse sur l’année 2019-2020, celle du premier confinement. Elle concerne presque tous les domaines, notamment en maths et français. Cette génération connaîtra donc un préjudice par rapport aux générations d’avant et d’après, leur niveau scolaire pourra être durablement affecté. Si on reconfine de nouveau, ces élèves seront doublement pénalisés. Mais certains encore plus que d’autres : on l’a déjà observé, la baisse de niveau est plus forte dans les établissements d’éducation prioritaire. Une fermeture accroît un peu plus les inégalités scolaires selon l’origine sociale, qui sont déjà très prononcées en France.

Au-delà de la baisse de niveau, comment cela peut-il affecter leur développement  ?

L’école est un lieu de socialisation, où les enfants grandissent. C’est leur monde, leur univers. Le lieu où ils apprennent autre chose que dans leur famille. Fermer l’école, c’est supprimer un lieu non seulement scolaire, mais aussi amical, amoureux. Un endroit où on découvre les autres, on découvre la vie. Donc supprimer ce lieu, cela revient à supprimer une partie de leur identité, les amputer d’une partie de leur vie. On ne peut pas leur retirer sans qu’ils n’en souffrent.

Parfois, la menace est bien plus grave...

Oui, la désocialisation et la déscolarisation peuvent aboutir à des tensions familiales, des maltraitances, à des dépressions d’enfants... La fermeture des écoles a des effets sanitaires sur eux. Donc au nom de raisons sanitaires invoquées par les épidémiologistes, on va finalement créer d’autres problèmes sanitaires qui ne concerneront que les enfants  ?


Article du 6 janvier 2021 La situation des établissements scolaires en Europe

AEF info diffuse une carte d’Europe très intéressante. Celle-ci montre les dispositions qui ont été prises au niveau des établissements scolaires (ainsi que des indications succinctes sur les autres mesures sanitaires) en octobre et novembre ( carte accessible à partir de l’onglet de droite) et en décembre, janvier ( carte accessible à partir de l’onglet de droite). Toutes les informations apparaissent dans des info bulles qui s’affichent au passage de la souris.

Il semblerait que cette carte soit évolutive (régulièrement actualisée). Cette carte nous montre, notamment, que seules la France, la Norvège, la Suède et le Portugal ont maintenu tous leurs établissements scolaires ouverts en cette rentrée de janvier.

Carte de la situation des établissements scolaires en Europe


Article du 11 novembre 2020 :

Situation sanitaire, chiffres dans les écoles, ressenti des collègues, masques pour les enfants...

12 critères de vulnérabilité valant pour autorisation d’absence

Suite au décret du 10 novembre, 12 affections permettant d’être considéré·es « personnes vulnérables » sont reconnues et ouvrent le droit au télétravail ou aux autorisations spéciales d’absences (ASA). Lire ici

MASQUE POUR LES ENFANTS ? éléments de débat http://71.snuipp.fr/spip.php ?article2268

MOBILISATION : contexte COVID et système Blanquer. Comment la crise sanitaire révèle celle de l’éducation nationale... http://71.snuipp.fr/spip.php ?article2264


Article du 9 septembre 2020

ACTU : Le COVID partout, sauf dans les écoles ?

A LIRE : La mise des écoles sous cloche par le gouvernement...

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Nouvelle circulaire : décryptage

La circulaire en date du 14 septembre de la DGRH décline, pour le ministère de l’éducation nationale, des sports et de la jeunesse, les dispositions prises pour la fonction publique.

Elle confirme que la durée d’isolement passe de 14 à 7 jours et récapitule, pour les personnels l’ensemble des dispositions : de l’observation des gestes barrières à la typologie des différents groupes des personnels vulnérables, de la gestion des cas suspects, contacts ou encore de celle des parents d’enfants ne pouvant être accueillis en crèches collective, écoles ou collèges du fait d’une mesure de restriction d’accueil, en lien avec le covid.

Avec cette circulaire, la situation des personnels placés à l’isolement par l’ARS ou la sécurité sociale et en attente de résultat, est couverte par des ASA si le travail à distance n’est pas possible.

Pour le SNUipp-FSU, il reste à obtenir, pour celles et ceux qui vivent avec des personnes très vulnérables, les mêmes droits (travail à distance ou ASA).

Au-delà, la vigilance est de mise sur les situations :

- des agents ne relevant pas des quatre situations de « vulnérabilités » en vertu du décret du 29 août 2020 (cancer évolutif sous traitement, immunodépression congénitale ou acquise, être âgé de 65 ans ou plus et avoir un diabète associé à une obésité ou des complications micro ou macrovasculaires ; être dialysé ou présenter une insuffisance rénale chronique sévère) mais qui présentent l’un des facteurs de vulnérabilité, le travail à distance doit être proposé dans la mesure du possible. Si le travail en présentiel est maintenu, des mesures particulières doivent être appliquées : masques chirurgicaux de type II, des aménagements de la classe peuvent aussi être obtenus.

- de garde par nourrice agréée ou à titre gracieux qui doivent pouvoir être prises en compte au même titre que l’accueil en crèche.

D’autres zones d’ombre subsistent, notamment celle de personnels qui ne peuvent pas être reçu-es rapidement par un médecin et qui ne disposent pas d’un certificat de mise en isolement.

Il y a lieu, dans cette situation, de solliciter le médecin de prévention. Dans l’impossibilité d’un rdv, on peut alors conseiller à ce personnel de s’adresser à un service de consultation en ligne dont le médecin pourra, au regard de la consultation, lui fournir un certificat d’isolement et une prescription de dépistage.

Enfin, si les laboratoires sont débordés pour faire passer les tests de covid, vous pouvez passer par les infirmières libérales pour faire le test muni-es d’une ordonnance du médecin.

Par ailleurs la FAQ du ministère et les fiches COVID ont été mises à jour le 20/09/20

Elles modifient :

la définition des cas contact à risques.

Désormais, ne sont plus cas contact à risque et donc maintenus à l’école :

- les enseignant.e.s puisqu’ils/elles portent un masque (cat. I) et les élèves si un élève de la classe est cas confirmé ;

- les élèves dont l’enseignant est cas confirmé ;

- les élèves vivant dans le même foyer qu’un cas confirmé.

A contrario, sont cas contact à risques :
- les élèves et enseignant.e.s d’une classe dont au moins trois élèves, de fratries différentes, sont cas confirmés ;

- les membres de la communauté éducative non masqués ayant été en contact rapproché de plus de 15 minutes avec un cas positif non masqué également (lors de la prise de repas par exemple).

➢ la gestion des cas contacts à risque :

- les élèves reviennent à l’école après une période de 7 jours suivant le dernier contact avec le cas positif ;

- les adultes reviennent après un résultat négatif du “test PCR” qu’ils réaliseront 7 jours après le dernier contact avec le cas positif.

➢ les délais de retour à l’école pour les cas confirmés sont modifiés :
- cas symptomatiques : 7 jours pleins à partir de la date de début des symptômes. En cas de fièvre au 7ème jour, l’isolement se poursuit jusqu’à 48h après la disparition des symptômes.
- cas asymptomatiques : 7 jours pleins à partir du jour du prélèvement positif.

➢ d’autres modifications sont à noter :

- l’affirmation de l’efficacité des masques fournis par le MEN ;

- la disparition de la préconisation de la prise de température de l’enfant avant son départ à l’école ;

- l’ajout de “l’altération de l’état général” comme symptôme évocateur ;

- l’avertissement que la rhinite seule n’est pas un symptôme évocateur ;

- la précision que les voyages et sorties scolaires sont autorisés au plan national (sous réserve de restrictions préfectorales).

En attendant la nouvelle lubie de notre Sinistre dans les prochains jours ?


Article du 2 septembre

Deux réunions se sont tenues au ministère de la Fonction publique et au MEN au sujet du protocole sanitaire mis en place à la rentrée et des conditions dans lesquelles l’ensemble des personnels de la fonction publique auront à assurer leurs missions.

Lire ici : https://www.snuipp.fr/actualites/posts/des-cas-de-covid-comment-faire


12 mai

L’enquête du SNUipp-FSU 71 a été renseignée par plus de 280 d’entre vous. Les résultats et les analyses qui s’y lient, ainsi que les demandes du SNUipp ont été transmises au DASEN et à l’ensemble des IEN.

Retrouvez ce document ici :

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Enquête SNUipp 11 mai

Dans le même temps, au niveau national, le SNUipp a lancé une grande enquête sur le déroulement du confinement auprès d’Harris Interactive. Vous trouverez ci-dessous le retour de cette enquête qui sert de point d’appui pour nos discussions avec le ministère.

PDF - 1.7 Mo
Enquête Harris - L’enseignement à l’heure du déconfinement Snuipp-FSU

INTERPELLATION à l’IA-DASEN du 71, le 30 avril 2020

Copie à : Madame la Secrétaire Générale, Madame L’IEN Adjointe, Mesdames et Messieurs les IEN de circonscription.

Monsieur l’IA-DASEN de Saône-et-Loire,

Suite aux interventions publiques du Premier Ministre et du Ministre de l’Education Nationale, le SNUipp-FSU 71 vous interpelle car de nombreux points nous semblent encore à éclaircir afin de pouvoir organiser un retour dans les écoles présentant suffisamment de garanties pour la protection sanitaire des élèves et des personnels et proposant une organisation qui permettent d’y voir clair.

S’il nous semble en effet souhaitable, en particulier pour des raisons sociales, qu’un grand nombre d’élèves retrouvent la protection et l’ouverture que leur apporte l’école, cela ne saurait néanmoins se faire dans n’importe quelles conditions.

Vous trouverez ci-dessous les questionnements et conditions qui nous semblent devoir trouver réponse avant tout retour en classe. S’il nous semble peu probable que des réponses satisfaisantes à l’ensemble de ces points soient apportées d’ici au 12 mai, nous sommes néanmoins en attente de vos remarques et informations sur ces points.

14 questions en attente de réponses

=> Quelle prise en considération administrative et quelle démarche à suivre pour les enseignant.es qui ne pourront pas aller en classe (état de santé personnel fragile ou celui d’un proche, enseignant.es les plus âgé.es, enseignant.es trop angoissé.es par la situation pour envisager un retour à l’école) ?

=> Quels moyens de dépistage pour les personnels qui ne savent pas, aujourd’hui, s’ils sont porteurs du virus et ne veulent prendre le risque de le transmettre à leurs élèves et leurs collègues ?

=> Quelle responsabilité incombe aux enseignant.es et directrices et directeurs par rapport à l’accueil des élèves en matière de santé ? Quel sont les risques légaux encourus par les personnels si les élèves contractent le virus à l’école ?

=> Masques de protection : pour qui ? Est-il possible de faire porter des masques à des enfants ? Si oui à partir de quel âge ?

=> Comment faire respecter aux élèves les gestes barrières dans une classe, en récréation, à la cantine ? Comment assurer la non-propagation virale par le matériel utilisé (jeux, jouets communs, mais aussi cahiers, livres partagés, matériel pédagogique non-individuel ou circulant entre les élèves et l’enseignant.e…) ? Doit-on faire classe sans ce matériel ? Auquel cas, comment faire ? Ou doit-on faire classe avec ce matériel ? Auquel cas pouvez-vous nous préciser les conditions sanitaires et les pratiques requises ?

=> Quelle prise en compte de la situation de nos collègues ayant des enfants de moins de 16 ans ? Leurs enfants seront-ils accueillis comme ceux des personnels prioritaires ?

=> Il y a en effet des enfans dont l’accueil est prioritaire (enfants de soignant.es, Aide Sociale à l’Enfance, forces de l’ordre...enseignants ?). Puisqu’un accueil par roulement a été demandé par le gouvernement, il y a des jours où ces enfants n’auront pas classe. Quelles seront modalités pour la prise en charge de ces enfants ? Comment faire si leur présence fait dépasser le nombre maximal d’enfants accueillis ? Sont-ils prioritaires sur les autres élèves ? Renverra-t-on les autres élèves ? Ou assume-t-on que le plafond du nombre d’élèves par classe évoqué par le gouvernement est intenable ? Est-ce votre avis ? Si c’est le cas, allez-vous le communiquer au directeurs, aux élu-es et à la population ? Que pensent les autorités sanitaires de cette éventuelle position ?

=> Quelles modalités pour limiter le nombre d’élèves par enseignant.e ? Quels critères pour choisir les élèves qui viennent ou non à l’école ? Les familles ont-elles le droit de scolariser leur enfant, puis de changer d’avis ? Si des familles décrocheuses ne sont pas volontaires pour envoyer leur enfant à l’école, que faire ?

=> Quelle organisation envisager pour éviter les attroupements aux abords des écoles et dans les couloirs des écoles maternelles ? => Qu’en est-il de la reprise pour les élèves en situation de handicap dans les écoles ou en établissement spécialisé ? Les inclusions seront-elles envisagées ? Qui est prioritaire dans une classe lorsque le plafond du nombre d’élèves est atteint ?

=> Quelle solution pour un élève en situation de handicap si l’AESH n’est pas présent.e ? Si l’AESH est présent.e, quelles mesures sanitaires spécifiques pour gérer une indispensable proximité avec l’élève ? Lorsque le moyen de compensation est mutualisé, comment sera réparti le temps de présence de l’AESH de deux enfants scolarisés en même temps dans deux lieux différents ?

=> Quelle organisation matérielle pour les prises de repas dans la classe ? Si le personnel municipal est insuffisant pour les encadrer, qui le fait ? Quel lieu de travail reste-t-il pour les enseignant.es durant le temps méridien ? Par ailleurs les enseignants doivent-ils rester toute la journée à l’école ? Si oui, comment faire classe à l’autre partie de la classe en distanciel depuis l’école s’il reste des élèves de la classe dans l’école ? Les enseignants ne pourront pas à la fois assurer une journée de classe en présentiel et un suivi à distance. Ou pensez-vous que si ? Le Ministre a-t-il donné des consignes en la matière ? Comment d’ailleurs faire classe en distanciel depuis l’école si le matériel informatique de l’école est obsolète ?

=> Quel suivi pédagogique sera proposé, et par qui, pour les élèves qui ne seront pas en classe mais dont l’enseignant animera la classe à l’école ?

=> Qui prendra en charge les élèves à l’école si leur enseignant n’est pas en présentiel ? Ces élèves seront-ils prioritaires sur les autres pour être accuellis ?

12 conditions pour rouvrir les écoles

=> La possibilité de télétravailler pour les enseignant.es qui ne peuvent aller à l’école et l’attribution d’autorisations d’absence avec plein traitement pour les personnels qui ne peuvent le faire (devant garder leurs enfants par exemple).

=> La garantie d’une dotation suffisante en matériel de protection (masques, gel hydroalcoolique) et d’au moins un thermomètre par école pour tester chaque enfant en début de journée et selon les besoins (selon la taille des écoles).

=> La vérification du nombre de points d’eau et de poubelles adaptées dans les écoles, la présence de savon et d’essuie-mains jetables.

=> La désinfection régulière des salles, du mobilier et du matériel utilisé quotidiennement.

=> La possibilité de tester les personnels et les élèves symptomatiques ou à risque ainsi que ceux et celles qui le souhaitent.

=> La limitation des effectifs bien en-dessous des 15 élèves/classe annoncés par le Ministre, chiffre à nos yeux inadapté pour les écoles dont la majorité des classes font moins de 50m². Un effectif maximum de 8-10 en CE-CM, 5 pour les GS et CP et une réflexion sur la pertinence de faire effectivement venir dans les écoles les plus jeunes encore incapables de suffisamment de contrôle pour respecter le moindre geste barrière est demandée.

=> Une information claire et précise avant toute reprise sur la mise en œuvre des mesures de prévention et d’hygiène, sur les obligations sanitaires et les droits des personnels, en particulier en termes de responsabilité civile et/ou pénale.

=> La mise en place de cellules de soutien psychologique pour tou.tes les agent.es et les élèves qui en auront besoin. Le traumatisme de la population auquel le pays devra faire face (maladie, décès, violences conjugales et familiales…) doit en effet être anticipé.

=> Une pré-rentrée d’une durée suffisante pour que l’accueil des élèves ne se passe pas dans des conditions d’insécurité ni d’angoisse exacerbée par l’impréparation. Une journée ne semble pas suffisante.

=> Une clarification du Ministère par rapport aux contenus pédagogiques : le confinement n’a pas pu être l’occasion de nouveaux apprentissages et la période de semi-scolarisation à venir ne pourra l’être davantage puisque l’ensemble des élèves ne sera pas présent dans les classes. Cette clarification devra également avoir lieu localement par la DSDEN.

=> Une clarification par rapport aux missions : les enseignant.es présent.es en classe ne pourront doubler leur journée de travail en assurant par télétravail la poursuite des activités avec les élèves non présent.es.

=> La garantie que le Covid-19 soit reconnu maladie imputable au service.

En attendant de recevoir de votre part des éléments de réponse à ces questionnements,

nous vous prions de croire, M. L’IA-DASEN de Saône-et-Loire, à notre dévouement au Service Public d’Education.

Le Conseil syndical du SNUipp-FSU 71


Article du 26 avril 2020

En l’attente de la déclaration du Premier Ministre à l’Assemblée Nationale...

Positionnement de la FSU sur la réouverture des écoles le 11mai :

Réouverture des écoles et établissements scolaires le 11 mai : une décision politique au doigt mouillé ?

A la demande du Président de la République, le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran a installé un conseil scientifique pour éclairer la décision publique dans la gestion de la situation sanitaire liée au Coronavirus. Ce comité a rendu son avis concernant une ouverture des établissements scolaires à partir du 11 mai. Le Conseil scientifique écrit qu’il « propose de maintenir les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités fermés jusqu’au mois de septembre » mais « qu’il prend acte de la décision politique de réouverture au 11 mai ».

A quoi sert de s’entourer d’un comité scientifique si son avis n’est pas pris en compte et que c’est une décision politique qui prévaut ? Sur quelle autre autorité médicale s’appuie donc cette décision politique ?

Actant cette décision, le conseil scientifique donne des préconisations sanitaires, insiste sur la nécessité de formation sanitaire, sur le fait que l’ensemble de la communauté doit être associé au processus de réouverture et sur l’indispensable progressivité et adaptation.

Si le gouvernement prend la responsabilité d’une ouverture, elle doit s’appuyer sur un cadre national où la santé et la sécurité des personnels et des élèves doit primer sur toute autre considération. La FSU revendique et attend un protocole précis qui devra être soumis au CHS-CT, et aux autorités médicales pour avis, la date du 11 mai est donc largement prématurée au regard de la capacité de maîtrise actuelle du risque sanitaire affichée par le ministère.

Une fois ce protocole sanitaire validé, il doit servir de base et de boussole pour toutes les déclinaisons locales qui s’effectueront sur le temps long du fait des grandes disparités des espaces et des organisations scolaires dans les écoles et les établissements. La mise en œuvre doit être concertée entre enseignants, représentants des parents et élus locaux dans les conseils d’école et d’établissement et, à minima, la première semaine de reprise doit y être consacrée. Si les mesures sanitaires ne peuvent être mises en œuvre, si les masques ne sont pas fournis, ou si une double journée venait à être demandée aux enseignants pour assurer le présentiel et le distanciel, aucune ouverture ne pourrait avoir lieu avant septembre. Nous attendons aussi la garantie que le fait d’avoir contracté le COVID soit reconnu comme un accident de service pour les personnels.

Le positionnement du gouvernement, et du ministère de l’éducation nationale qui s’affranchit des avis médicaux génère l’inquiétude, et l’anxiété légitimes chez les collègues.

La FSU continue d’exiger des consignes sanitaires strictes pour protéger les collègues, les élèves et les familles. Dans l’immédiat, les garanties sanitaires ne sont pas satisfaites et les conditions ne sont pas réunies pour une réouverture le 11 mai.

Le 26 avril 2020


Article du 19 mars 2020

COVID-19 : POSITIONS DU SNUipp-FSU 71 au 19 MARS 2020

Chères et chers collègues, camarades syndiqué-es ou non,

Nous sommes entré-es collectivement dans une sorte de tunnel dont la longueur est fluctuante.

On espère tout d’abord que vous vous portez bien.

Sur le métier et les conditions de travail du moment, le SNUipp71 s’emploie pour l’heure à alerter les pilotes, dans le but de protéger les personnels, de permettre la continuité de l’accueil des enfants de celles et ceux qui font tourner le pays tant bien que mal (soignants, administratifs, éboueurs, postiers, employés des lieux de vente de produits de première nécessité....) Voir notre interpellation sur ce lien. Vous l’avez déjà reçu par mail. http://71.snuipp.fr/spip.php ?article2132

Ce qu’il faut retenir des actuelles positions du SNUipp71 :

1. On est solidaires. Entre collègues, avec les soignants et personnels indispensables sur le terrain, avec notre famille, nos proches, nos voisins....On ne peut pas à la fois trouver normal que des personnels remplissent les rayons des supermarchés pour faire nos courses, et trouver anormal que les mêmes personnels nous déposent leur enfant à l’école. C’est donnant-donnant. Ainsi, on accueille si un parent est soignant et l’autre parent n’est pas soignant mais qu’il exerce un métier indispensable et s’ils n’ont aucun autre moyen de garde. Les abus (rares pour l’heure) seront à traiter au cas par cas.

2. On ne joue pas aux héros. Si vous êtes fragile, "à risque", vous restez chez vous le plus possible. Ce n’est pas à vous de faire l’accueil volontaire dans les écoles.

3. Des protections pour les volontaires : masques et gel. Le SNUipp interpelle à tour de bras. N’hésitez pas à faire remonter des difficultés dans telle ou telle commune. Ici ou là des accueils s’organisent. Ne vous laissez pas forcer la main par qui que ce soit, collègue ou IEN. Des modalités différentes s’observent. Des collègues tournent sur 2 jours, 1 jour ou une demi-journée.

4. Il n’y aura pas de "continuité pédagogique" pour les élèves qui viennent à l’école, car elle est impossible. Il y aura trop de turn over d’adultes face aux élèves pour assurer leur accueil. Tout au plus il y aura qqs activités dites scolaires. Ce n’est pas grave. L’enjeu est ailleurs. Il faut déjà rassurer ces élèves dont les parents sont exposés. Rassurer les parents aussi. Pendant ces beaux jours, on a bien mieux à faire dehors, dans la cour de récré qu’enfermés dans une classe. C’est aussi une question de bon sens pour limiter la promiscuité. Il n’y aura pas de flicage des IEN. LE SNUipp y veille et a déjà condamné ouvertement, à l’IA-DASEN et aux IEN du département, le tableau de remontées des activités par la Circo de Chalon 1 (qui notamment demande la fréquence de transmission des contenus péda aux familles et quels sont les contenus que vous faites passer). Si vous êtes dans la circo, ne faites pas remonter ce tableau !!!

5. "Continuité pédagogique" pour les autres. Vraiment ? Blanquer ne parle que de ça... Certes, le lien avec le maître ou la maîtresse est important en ces temps inédits. Cela peut être rassurant pour nos élèves. Pour autant, les élèves sont redevenus enfants, car ils sont à la maison. Il n’est pas possible de trop les charger de propositions pédagogiques. Il faut savoir raison garder. Pour qui travaillons-nous ? Pour notre conscience ? Pour Blanquer et son armada de chefs ? Ou pour nos élèves ? Nos élèves certainement...Or, nos élèves redevenus enfants ne travailleront pas comme s’ils étaient à l’école. Ce n’est pas grave... Les parents télétravaillent à la maison, il y a du stress en cette période incertaine, des familles sont très éloignées des codes de l’école, ou tout simplement ne réunissent pas les conditions matérielles pour le faire...(pas d’ordi, ou ordi à partager entre parents au télétravail et fratrie d’enfants avec chacun leur petit travail scolaire à faire....multiples situations). Meirieu, le premier d’entre nous, le dit d’ailleurs.Profitons de l’occasion pour les inviter à des communications authentiques par courriel avec leur famille, leurs amis, leur maîtresse. Les réseaux sociaux (notamment le téléphone) le permettent facilement. Le travail à domicile, nous le savons, exacerbera les disparités, les inégalités. Des enfants ne seront pas accompagnés à la maison pour ces tâches dites "scolaires". Pire, certains seront mal accompagnés à la maison. Nous avons la responsabilité de le prendre en compte et de limiter les attendus. Entre militant-es du SNUipp, (certain-es d’entre nous sommes aussi parents), nous avons constaté des disparités de quantités de tâches à faire allant du simple au triple en terme de temps pour des élèves de même niveau !!! Il faut absolument calmer le jeu, et limiter les attendus. Privilégions qqs tâches et laisson le reste de côté. Si des familles sont en demande, insistons sur la valeur facultative des tâches complémentaires. Nous pensons que cela soulagera les familles qui rencontrent des difficultés, mais aussi permettra aux élèves demandeurs de poursuivre par d’autres activités basées davantage sur le ludique ou la découverte. Enfin, ça vaut ce que ça vaut...mais, en discutant entre nous, nous pensons qu’un enfant peut raisonnablement "travailler" à la maison, dans ce contexte, MAXIMUM entre 30 minutes et 1h par jour s’il est en maternelle (selon l’âge), 1h30 pour un enfant de cycle 2 et 2h pour un enfant de cycle 3. Et basta ! Notre humble avis...

6. URGENT : travailler le samedi, le dimanche, le mercredi... ? Pour le SNUipp-FSU 71, on ne travaille pas sur ces temps, mais...pas d’opposition au bénévolat solidaire. Nous ne laisserons pas être inscrit dans le marbre que les enseignant.es peuvent être réquisitionné.es par leur administration un mercredi, un samedi ou un dimanche. Si cela arrivait nous nous opposerions immédiatement. Nous avons toutes les raisons de nous méfier de ce que le gouvernement pourrait faire d’une telle mesure après la crise du Covid-19. Ceci dit, nous devons aider les soignant-es. Le SNUipp71 ne fera pas de blocage au bénévolat du week-end. Plusieurs de ses militant-es sont d’ores et déjà volontaires pour le week-end à venir. Mais qu’il soit bien clair qu’il s’agit de l’exercice volontaire et spontané (aucune pression ne sera admise, tout particulièrement sur les directeurs) d’une solidarité, et non d’un temps de travail soumis à l’employeur.

Vous avez des idées, des envies, des choses à mettre en commun, n’hésitez pas à nous en faire part à cette adresse : snu71@snuipp.fr

D’ici là, portez-vous bien.

Lire l’interpellation du SNUipp-FSU 71 à l’IA-DASEN et aux IEN ici


16 mars

Cet article est complété et mis à jour au fur et à mesure des informations qui nous arrivent.

Dans le cadre de l’épidémie de coronavirus, le courrier reçu hier dans nos boîtes professionnelles émanat du Cabinet de la Rectrice est clair : "Les seuls personnels présents dans les établissements sont ceux nécessaires à l’ouverture des locaux et à l’accueil des enfants de personnels soignants et sans autre moyens de garde."

En d’autres termes, selon le SNUipp-FSU 71, on peut ainsi fixer les priorités pour ce lundi :

1- Les personnels fragiles veillent en priorité à se préserver et à ne pas s’exposer. Les personnels qui doivent assurer la garde de leurs enfants peuvent renvoyer à leur IEN le formulaire ci-dessous.

2- Jouer notre rôle dans la chaîne de solidarité en mettant en place l’accueil des enfants de personnels soignants dans l’école dans les meilleures conditions, tout en préservant les personnels fragiles. La présence dans les locaux de l’école doit être minimale et subordonnées à des conditions permettant un accueil qui préserve la santé des enfants et des personnels (masques, gel hydroalcoolique, serviettes jetables, ...). On peut s’attendre à des consignes institutionnelles précises dans la journée. En cas de doute ou de problème, contactez votre IEN.

3- Chercher à garantir au mieux la continuité du service public en construisant collectivement (mais à distance) des modalités de télé-travail et/ou de transmission de documents aux familles.

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covid-19-attestation-garde-enfant

Continuité pédagogique ? concrètement, qu’est-ce qu’on fait lundi ? Quelques informations pratiques au 13 mars 2020 :

- A partir de lundi 16 mars, l’accueil des élèves est interdit excepté les enfants des personnels soignants. => L’ARS fournira la liste des enfants concernés. Quand ? on ne sait pas.

- A partir de lundi, les enseignants viennent à l’école ou font du télétravail. => Dans la mesure où votre employeur ne peut garantir votre santé ou votre sécurité, demandez à faire du télétravail à votre IEN.

- Pour les enseignants de RPI : possibilité de se réunir dans une même école.

- Chaque classe peut choisir les modalités et supports d’enseignement à proposer aux élèves. => Aucune plateforme ne peut être imposée par l’inspection.

- Aucune sortie scolaire ne se déroulera jusqu’à fin avril.

- Qu’en est-il pour les établissements spécialisés ? => Ces établissements ne sont pas gérés par l’Education Nationale. Chaque direction décide de fermer ou non son établissement.

- Les horaires de travail restent identiques.

— -

Le 12 mars au soir, le Président a annoncé la fermeture des écoles et établissements scolaires à partir de lundi et jusqu’à nouvel ordre pour cause d’épidémie de coronavirus. Lors des premières fermetures dans l’Oise, le Morbihan et le Bas-Rhin, le Ministre avait insisté sur la "continuité pédagogique" via des plateformes dématérialisées du CNED. Pour le SNUipp-FSU 71, si la fermeture des établissements scolaires est une bonne chose que la FSU demande depuis quelques temps déjà, pour protéger les élèves et les personnels, cette continuité pédagogique est un leurre.

Quelques éléments d’analyse :

ENSEIGNEMENT À DISTANCE, TRAVAIL HORS LA CLASSE & CONTINUITÉ PÉDAGOGIQUE

Depuis vendredi et suite à l’annonce du 1er ministre de la fermeture de toutes les écoles et établissements scolaire de l’Oise et du Bas Rhin, aucune information officielle ou départementale n’est parvenue aux personnels. Cette demande a été exprimée fortement par la FSU depuis une semaine : comment continuer d’interdire les rassemblements collectifs dans notre département et laisser les écoles et établissements ouverts ? C’était incompréhensible.

Aujourd’hui, c’est chose faite avec l’annonce présidentielle de la fermeture de toutes les écoles de France à compter de lundi 16 mars

Les demandes de l’administration

Les demandes exprimées par le ministre en matière de « continuité pédagogique » sont, dans la très grande majorité non règlementaires et donc soumises à l’accord de la directrice ou du directeur ainsi que des adjoint-es de l’école.

- Suis-je obligé-e d’appeler les parents ? Non

- Suis-je obligé-e d’ouvrir un espace « ma classe virtuelle » sur le site du CNED ? Non

- Suis-je obligé-e de me déplacer sur mon école pour y apposer une affiche informative ? Non

- Suis-je obligé-e de constituer des listes (mails, téléphones de parents…) en dehors de tout cadre réglementaire et de la réglementation en vigueur en matière de respect des données à caractère personnel (RGPD,…) ? Non

- Suis-obligé-e de communiquer aux familles des fichiers ou d’autre matériel de la classe ? Non

- Suis-je obligé-e d’assurer une forme de continuité pédagogique ? Non

- Suis-je obligé-e de répondre à toute heure du jour et de la nuit à mon IEN ? Non

A ce jour, les directives du ministre et du DASEN restent encore à être connues, mais prenons les devants avec les éléments de langage ministériels dont nous disposons.

Notre travail est, depuis des années, dégradé, rappelons-nous le suicide de notre collègue Christine Renon. Il n’est plus possible de compter uniquement sur la « conscience professionnelle » de directrices-directeurs et adjoint-es très largement investi-es pour pallier les manques de l’administration :

Où est la continuité pédagogique rabâchée par le ministre quand un-e enseignant-e est absent-e une semaine sans être remplacé-e ? Ou quand les brigades ont vu leur remplacement arrêtés pour être envoyés en catastrophe sur une autre école ? Où est l’administration quand des conflits avec des parents ou élu-es atteignent leur paroxysme sans répondre ? Les collègues aimeraient bien recevoir des SMS ou être appelé-es… Où est l’administration quand toutes les écoles ne sont pas encore dotées de savon et de solutions hydroalcooliques même ce vendredi en pleine épidémie ? Le seul gel que nous connaissions dans les écoles est celui du point d’indice ! Où est l’administration quand, dans certaines écoles, il n’y a qu’un ordinateur (vétuste) pour plus d’une dizaine de collègues ? Où est l’administration quand les collègues souhaitent une vraie formation ? Où est l’administration quand les délégué-es des personnels réclament depuis plusieurs années une médecine du travail ? Où est l’administration quand les délégué-es du personnel ne cessent de remonter les doléances des collègues qui sont souvent les mêmes (injonctions, manque de reconnaissance, …) ?

Les personnels de l’éducation nationale, et particulièrement du premier degré, n’ont reçu aucune formation généralisée sur la mise en place d’ENT ou de blogs de classe. Lorsque ces derniers sont déjà mis en place ils le sont très généralement dans le cadre d’un projet de classe ou d’école afin d’y associer les familles et limiter la fracture numérique. Mais il n’y a pas d’obligation à mettre en place ces outils « en catastrophe » et « en se débrouillant tout seul ».

Les personnels de l’éducation nationale n’ont jamais reçu de dotation financière ou de matériel afin de s’équiper en informatique et en connexion internet. Il ne peut donc rien être imposé à distance aux personnels sur ces aspects.

Les personnels de l’éducation nationale ont eux aussi des enfants qui n’iront pas à l’école pendant la période de fermeture et donc doivent aussi s’en occuper et seront donc très occupés chez eux aussi.

Plus généralement, nous invitons les personnels à la prudence et à ne pas mettre le doigt dans l’engrenage. Les inégalités sociales qui traversent l’école et notre pays sont importantes et n’excluent absolument pas l’usage du numérique :

Car du côté des élèves et de nos familles nous savons que l’accès au numérique n’est pas égal, loin de là. Vous le savez, toutes les familles de votre école ou de votre classe sont différentes du point du vu de leur origine social et donc de leur capital culturel. La réussite scolaire n’échappe pas à la règle tout comme l’accès au numérique…

Des inégalités sociales renforcées

Comme tout travail scolaire réalisé à la maison, le dispositif en ligne « Ma classe à la maison » renforce les inégalités scolaires fondées sur les inégalités de ressources économiques, éducatives et culturelles des familles.

Le dispositif se confronte à la problématique générale de la « fracture numérique » : le dispositif suppose un équipement informatique complet (PC + imprimante), une connexion haut débit pour les activités interactives et un espace de travail propice à la concentration de l’enfant, plusieurs heures dans la journée, ce qui n’est pas possible dans les logements les plus modestes.

Avez-vous-compté le nombre de familles de votre classe ou école qui disposent d’une adresse mail valide ? Et la consultent régulièrement ? Des collègues l’ont fait et dans certaines écoles, moins de 10% des familles renseignent leur adresse mail sur la fiche de renseignement annuelle.

Les procédures d’accès à la plateforme et d’utilisation des modules supposent une bonne maîtrise du français écrit et de ressources avec lesquelles seules les classes moyennes et supérieures sont conniventes. Aucune consigne n’est disponible sous forme orale ou dans d’autres langues pour les parents non francophones.

Les impressions sont très importantes (environ deux cents pages et plus au cycle 3). Les livrets devraient être imprimés par l’institution pour être mis à disposition des familles.

L’ensemble des ressources proposées est particulièrement fourni et peut décourager la lecture des parents qui maîtrisent le moins la langue écrite. Aucune aide méthodologique n’est proposée pour l’articulation des différents supports (cahiers, activités interactives, livres numériques), ce qui suppose également un usage expert, réservé aux familles qui maîtrisent les codes de l’école.

Un accompagnement pédagogique qui ne va pas de soi

Le déroulé des activités suppose la présence d’un tuteur, idéalement adulte auprès de l’élève qui réalise les activités. Cela pose la question de la disponibilité de l’adulte et de la mise en œuvre des dispositifs de compensation financière des jours consacrés à la garde des enfants. Si l’indemnisation est garantie pour les salarié-es, qu’en est-il pour les travailleurs et travailleuses précaires, intérimaires, rémunéré-es à la tâche, etc ?

Les consignes données aux tuteur-tutrice font référence à un registre pédagogique, là encore fortement discriminant sur le plan du capital culturel (« faire émerger les souvenirs de l’activité », « prolongements », etc.).

De manière générale, la substitution du parent profane à l’expert pédagogique qu’est l’enseignant-e pose problème, en termes de reconnaissance de la professionnalité enseignante et de banalisation de l’idée selon laquelle n’importe qui pourrait enseigner. C’est évidemment un leurre car le repérage de ce qui fait obstacle aux apprentissages, des erreurs types impliquant telle ou telle remédiation (notionnelle ou méthodologique), de l’équilibre entre étayage et dés-étayage relèvent bien de l’expertise pédagogique de l’enseignant-e.

Les interactions entre des élèves qui éprouvent des difficultés dans leurs apprentissages et des parents démunis du point de vue de l’intervention pédagogique ont toutes les chances d’occasionner malentendus, tensions et in fine dévalorisations de l’image de soi des enfants (en « échec ») et des adultes (incapables de proposer une aide).

Conclusion

Où est la réflexion sur les rapports à l’écran et particulièrement des jeunes enfants quand les autorités sanitaires invitent les familles à la prudence sur l’utilisation du numérique pour les plus jeunes ?

De manière générale, la continuité pédagogique peut-elle être assurée hors la classe ? Rien n’est moins sûr, tant elle est dépendante des grandes disparités des réalités sociales et culturelles des familles et de leur rapport à la culture scolaire (suivant que les enfants ont, pour reprendre les concepts de Lahire, des « vies augmentées » ou « diminuées ») et privée de l’expertise professionnelle enseignante. Plutôt que de faire la classe à la maison, ne serait-il pas plus profitable pour les enfants et leurs familles, dans un contexte sanitaire qui peut être anxiogène, de mettre entre parenthèses le temps de l’école et privilégier les activités éducatives (se promener, jouer, bricoler, cuisiner, etc).

Face à une situation exceptionnelle qui nécessiterait l’utilisation à grande échelle de l’enseignement à distance, Jean Michel Blanquer sur ce sujet comme sur d’autres devrait faire preuve de plus de mesure. Si l’on peut parler de "continuité scolaire" il est abusif de parler de "continuité pédagogique". C’est un peu comme si on expliquait que des cahiers de vacances peuvent remplacer des enseignant-es.

Notre Ministre voudrait faire croire à l’opinion publique que dès lundi matin l’enseignement à distance sera enclenché. C’est un leurre pour masquer le manque d’anticipation.

Cher-es collègues, soyons prudent-es. Refusons les abus. Dans chaque équipe, concertons-nous avant de prendre des décisions !

Saisissez le SNUipp-FSU en cas de problème !

Et les retraites ?

Il est tout de même douloureux, après des mois de lutte contre la destruction de notre système de retraites, d’entendre le Président déclarer ce soir : "Je compte sur nous tous pour inventer dans cette période de nouvelles solidarités. Cette crise doit être l’occasion d’une mobilisation nationale de solidarité entre générations". Lui qui détruit semaine après semaine, loi après loi, les solidarités existant dans notre pays depuis la Libération.

Pour la FSU, si tout dans le pays s’arrête, si les rassemblements (et donc les manifestations) sont interdits, alors le processus législatif sur les retraites doit lui aussi être interrompu jusqu’à nouvel ordre.

Nous attendons les déclarations gouvernementales sur le sujet.

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